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Les essentiels de la coopération 1/3

Quoi ? Pourquoi ? Pourquoi je coopère ?



>> Coopérer-collaborer, quelles définitions ?


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Le contexte :
les mots commençant par "co-" foisonnent de nos jours (co-décision, co-conception, co-animtion, coopération, collaboration, collectif...) : est-ce un effet de mode ou une lame de fond ?
La question de la coopération constitue un champs de recherche actuellement en plein développement dans les sciences (biologie, éthologie, psychologie, sociologie, anthropologie, neurosciences...).
Le numérique collaboratif a offert depuis une vingtaine d'années un champs d'application et d'expérimentation à grande échelle. Les projets Wikipedia (30 millions d'articles, 500 millions de visiteurs par mois, 25 000 articles créés par jour...) ou Open Street Map (7,3 millions d'utilisateurs enregistrés, 4,5 millions d'éditions par jour...) en témoignent.
Coopération ou collaboration
  • Il s'agit de termes non encore stabilisés et leur utilisation peut pointer vers des sens quelque peu différents. Ils portent encore pour certain le poids de l'Histoire (collabos de la 2e guerre mondiale ou coopération France-Afrique du 20e siècle).
  • Ils peuvent faire référence à des conceptions morales (ex. coopération et altruisme de Mathieur Ricard) ou au contraire des conceptions d'efficacité pragmatique (ex. du management collaboratif).
  • Si l'on regarde l'étymologie
- Coopérer : 15eme siècle du latin cooperari, de cum, « avec », et operari, « opérer ». Opus : l’oeuvre
- Collaborer : 19eme siècle du latin. collaborare, de co « avec » et laborare « travailler ». Labor : le travail souffrance
Différences dans l'acception actuelle
- Selon les sciences de l’éducation, il y a une différence de partage du travail
  • Coopération : groupe divisé en équipes qui réalisent chacune une partie des tâches. Analogie : orchestre de musique classique
  • Collaboration : chacun individuellement cherche à atteindre par lui-même le but consensuel. Analogie : un orchestre de jazz
Livre en référence : "Apprentissage collaboratif à distance" 2001 par France Henri , Karin Lundgren-Cayrol
- Selon Eloi Laurent, économiste
  • Coopération : processus de partage et d’élaboration de connaissances communes
  • Collaboration : association dictée par l’utilité, qui vise l’efficacité
Livre en référence : "L’impasse collaborative" 2018
Conférence en ligne (voir à 14'30") https://www.youtube.com/watch?v=RrPFmO2LSr4
Dans le cadre de la formation
on retiendra notamment une évolution depuis un cadre où le travail est pensé/distribué "a priori" où la distribution des tâches est au centre vers un contexte plus ouvert, transversal, où c'est la mise en commun des idées et des expériences qui prime.

Fiches concepts :


>> Pourquoi coopérer ?


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Lien vers la vidéo : https://vimeo.com/colibris/review/520702345/a26cc04e35?sort=lastUserActionEventDate&direction=desc

Pourquoi mettre en oeuvre des projets coopératifs, pourquoi choisir des outils libres et ouverts ?
On pourrait vous dire 1 + 1 = 3, tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin, que la concurrence ce n'est pas bien et que la coopération c'est super... Et vous endormir joliment mais là n'est pas le propos.
D'une part, ré affirmer que la coopération, l'action de faire œuvre commune, de faire ensemble, est simplement une singularité poussée à l’extrême par l'animal nommé Homo sapiens. Sans poils, sans griffes, sans plumes et autres accessoires le genre Homo n'aurait pas fait long feu sans sa capacité à faire équipe pour gérer sa survie. Et ça semble avoir pas mal fonctionné, alors, déjà, coopérons pour ré affirmer notre Humanité. Le Self made man ne restera qu'une argutie de l'histoire.
Mais surtout, il est possible que les quelques problèmes auxquels est confrontée notre humanité ne semblent pas pouvoir être résolus par un homme seul derrière un bureau.
Les urgences sociales, climatiques, environnementales et j'en passe et des meilleures devront être solutionnées collectivement. Si l'on attend simplement que chacun reste dans une logique de changement individuel sans élaborer et mettre en oeuvre collectivement des futurs possibles désirables, je crains que le genre Homo ne laisse sa trace que comme joli fossile de l'histoire de cette planète qu'il aura dévastée avant de disparaître.
Il y a un tout petit peu urgence (certains pensent qu'il y a le feu à la maison), en tous cas, il est grand temps d'unir nos énergies, initiatives, expérimentations, afin de co-élaborer un avenir viable et désirable.
Il est donc urgentissime que les acteurs dits "de la transition" coopèrent. Certes coopèrent au sein des équipes et projets mais là est moins notre propos que le fait que les équipes coopèrent aussi entre elles.
Il faut absolument que cette coopération soit ouverte et leur partage sincère.
Comme il est inacceptable qu'un médicament, un vaccin soit réservé à des personnes riches ou puissantes. Il est inconcevable, irresponsable vu le contexte qu'une méthode, un outil, un concept, une esquisse de solution pertinente ne soit pas partagée sincèrement pour aller vers des solutions pour tous.
C'est dans ce cadre que l'articulation d'outils non propriétaires et de contenus ouverts sincèrement partagés mais protégés comme étant des communs fait sens politique.
Est-il possible pour les chantiers précédemment évoqués d'utiliser des outils de réseaux dit "sociaux" dont les contenus soient triés pour vous par un algorithme, afin de susciter des pics d’ocytocine, vous enfermant dans une jolie bulle pensée pour vous ?
Est-il possible que les contenus partagés sur ces réseaux dits sociaux puissent disparaître du jour au lendemain au bon vouloir et soient utilisés comme bon leur semble par les propriétaires de ces réseaux ?
Mais est-il possible que les solutions, outils, méthodes bénéfiques à notre humanité soient privatisés par une structure, une association, une collectivité locale, une université , alors qu’il est urgent qu’ils soient utilisés largement pour le bien de tous et largement diffusés, adaptés, amplifiés ?

Nous pensons que les outils libres et les contenus protégés et partagés comme étant des communs font parfaite synergie pour ces transitions nécessaires pour de nouvelles humanités viables et désirables articulées en archipels d'îlots féconds.

>> Moi, la seule chose que je maîtrise


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Coopérer c’est d’une certaine manière trouver un équilibre entre soi et les autres.
Moi d'abord!
Il est nécessaire de s’assurer que nous sommes ouvert·e et disposé·e à coopérer. Prendre conscience que nos représentations de la coopération vont avoir un impact sur notre façon même de coopérer. Paradoxalement, la coopération commence par se questionner sur soi-même.
Intuitivement, comme le souligne Elzbieta Sanojca, coopérer intègre surtout des savoirs-être et des savoirs-faire plus que des connaissances théoriques. (cf. module 1). La première compétence qu’elle met en avant est d’ avoir « l’esprit collaboratif » : Cette qualité marquerait une prédisposition pour entrer dans la coopération, elle inclut d’avoir un à priori positif vis à vis de la collaboration, de fonctionner en mode de réciprocité et d’avoir conscience de l’interdépendance vis à vis des autres. Dans un projet collaboratif, tout le monde détient un bout, et ensemble, le travail partagé prend sens et permet de faire vivre les projets.
Elzbieta Sanojca évoque également huit compétences « charnières », qui renvoient toutes à des postures et compétences personnelles.
« avoir de l’humilité et un ego mesuré » (oui oui...),
« être bienveillant·e »,
« savoir engager des partenaires»,
« animer le groupe pour faciliter le travail »,
« être à l’écoute des personnes et des avis »,
« développer et maintenir un réseau d’acteur·trices »,
« gérer les informations »,
« agir pour atteindre les objectifs communs ».

Mais, comment faire pour développer nos compétences collaboratives ? Elzbieta analyse qu'il est préférable de travailler sur un environnement favorable au développement de compétences collaboratives (cadre de travail, ambiance, motivations partagées, objectifs communs, méthodes de gestion de projets adaptées...) plutôt qu’une approche cloisonnée par individu et/ou par compétences spécifiques. Alors c'est donc un vrai casse-tête.

Les allers-retour entre Moi et les autres sont perpétuels dans un projet qui fonctionne en mode coopératif.

Dans le cadre professionnel, selon les domaines, la coopération est plus ou moins mise en avant, et malgré les évolutions, le système dominant (pyramidal et patriarcal) reste de vigueur. Vouloir travailler en mode collaboratif nous demande donc de faire un pas de côté vis à vis des habitudes ancrées dans la société, de notre éducation. Cela interroge plus largement notre rapport au monde dans lequel nous vivons. De sorte que cela implique une forme d’introspection.

Dans le domaine de l’environnement, cette vision d’interdépendance est intégré de longue date dans l’éducation à l’environnement. La coopération semble plus évidente pour chacun·e et donc plus « simple » à mettre en place de manière effective.

Enfin, et particulièrement dans une posture d’animation, il est essentiel d’être conscient·e que nos besoins de reconnaissance peuvent modifier notre façon d'être et influencer les groupes. Nous avons toutes et tous besoin de trouver notre place dans la société, dans les groupes auxquels on appartient ou dans lesquels nous gravitons. Selon notre confiance en nous-mêmes, notre ouverture aux autres, nous serons plus ou moins vigilant·e·s aux interactions entre les membres du groupe. Les dynamiques de groupe dépendent des personnalités de chacun·e, et des relations d’interdépendance qui existent...


>> Toujours coopérer ?


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http://cornu.viabloga.com/news/economie-et-cooperation
http://cornu.viabloga.com/news/rarete-et-abondance

Coopérer c’est bien mais pourquoi ?
Les 3 stratégies : planification, économie, coopération
https://www.youtube.com/watch?v=Gk6KyyzCQ4I&t=18s

Valeur basée sur la rareté
La valeur, au sens économique est définie par la rareté (plus un bien est rare plus il acquière de valeur économique)
- par exemple plus une matière première est rare plus elle a de la valeur. Moins il y a de personnes qui ont une information, plus elle a de valeur.

Valeur basée sur l'abondance
La valeur d'un réseau est proportionnel au carré du nombre de ses utilisateurs (loi de Metcalfe).
- par exemple plus il y a de personnes abonnées au réseau téléphonique, plus il a d'intérêt pour moi d'en faire parti.
Difficile de coopérer dans un contexte de rareté.
Se placer dans une situation d'abondance. Le numérique favorise.
https://interpole.xyz/?FautIlToujoursCooperer

Est-ce possible de coopérer ?
1 - Avez-vous du temps ?
Donc autant s'habituer à coopérer par temps calme avant de pouvoir mobiliser ces nouveaux pouvoirs acquis par gros temps.

2 - Etes-vous prêts à partager le pouvoir ?
Dans certains groupes et avec certaines personnes, le chantier est quasi psychanalytique avant d'imaginer pouvoir un jour coopérer.

3 -Etes-vous prêts à partager vos idées ?
Et s'ils continuent à vouloir exister seuls, pousser le trait en leur faisant vivre une "petite expérience réversible de solitude".

Si l'on regarde plus précisément les différents tempos d'un projet, il serait illusoire et pénible de coopérer sur tout et tout le temps. Par contre, clarifier et discuter avec le groupe quelles sont les grandes étapes du projet et comment elles sont gérées permet d'avancer à la mesure du groupe, en instillant un peu plus de coopération lors de certaines phases et un peu moins dans d'autres.